L’épreuve du chômage vue de l’intérieur

À l’occasion de ses 30 ans, l’association Solidarités nouvelles face au chômage a commandé une étude qui permet de mieux comprendre les difficultés vécues par les demandeurs d’emploi.

MATHIEU CASTAGNET – Journal La Croix

 Racontée par ceux qui l’ont vécu, l’épreuve du chômage s’avère extrêmement déstabilisatrice et ses effets persistent même chez ceux qui ont retrouvé un emploi.

Être au chômage, c’est bien plus que rechercher un emploi. C’est se lancer sans l’avoir choisi ni préparé dans une quête d’une durée inconnue jalonnée d’épreuves, sans même savoir si le but est atteignable. « C’est la traversée d’un labyrinthe plongé dans le brouillard », résume Didier Demazière, sociologue du CNRS, chef de file de l’étude financée par l’association Solidarités nouvelles face au chômage à l’occasion de son 30e  anniversaire, et dont La Croix a eu la primeur.

« Même le maximum, ce n’était pas assez »

Après avoir longuement interrogé 130 personnes ayant traversé une période de chômage, le sociologue et son équipe font un constat implacable : personne ne ressort indemne d’une recherche d’emploi. Même ceux qui ont retrouvé un travail demeurent marqués. « On pensait qu’une partie de ceux-là aurait un discours de satisfaction et d’autopromotion vantant la façon dont ils ont réussi à s’en sortir. En fait, c’est le contraire. Tous disent combien leur période de chômage reste traumatisante », note Didier Demazière.

Au-delà des différences d’âge, de situation personnelle ou de diplôme, les témoignages de l’étude permettent de mieux comprendre la violence de l’expérience traversée. Au départ, pourtant, beaucoup se sont investis dans leur mission de chercheur d’emploi avec autant d’espoir que d’énergie. « C’était un job à temps plein. Et même plus que ça, parce qu’il fallait faire le maximum et que même le maximum, ce n’était pas assez. L’idée qu’on peut faire encore plus ne nous quitte pas », raconte l’un d’eux.

La confiance en soi s’érode

Au fil du temps et des réponses négatives, pourtant, la confiance immanquablement s’érode. « À chaque initiative, un mail, un coup de fil, la moindre chose, tu te casses les dents. C’est anxiogène, on est face à l’échec permanent. C’est un peu le jeu. Sauf que ce n’est pas un jeu », décrit un homme de 44 ans. « Prendre baffe sur baffe, ça laisse des traces. C’est un cauchemar qui ne finit pas vu que tu te relèves et que tu retombes, toujours, toujours », poursuit une femme de 33 ans qui a passé plus de deux ans au chômage.

Les réponses négatives sont d’autant plus mal reçues qu’elles ne s’accompagnent d’aucune explication. « Chaque refus suite à un entretien, c’est une claque totale. C’est dur surtout parce qu’on ne sait jamais pourquoi », confie un quinquagénaire. Pourquoi pas moi ? Pourquoi pas cette fois ? Ces questions hantent les demandeurs d’emploi : « J’étais certaine d’être prise, tout s’est bien passé. Et puis voilà, ils prennent quelqu’un d’autre. J’ai eu du mal à m’en remettre, beaucoup, beaucoup de mal. »

 « Je ne vaux rien »

Au-delà de cette succession de refus, beaucoup dénoncent la violence des processus de recrutement. Les lettres qui restent sans réponse, vécues comme « un manque de considération ». Les salons où se pressent des centaines de candidats concurrents. « On dirait qu’ils veulent voir qui écrase les autres pour passer devant. C’est de la maltraitance psychologique », s’insurge une des personnes interrogées.

Ces échecs à répétition conduisent inévitablement à l’abattement. « Prendre continuellement des portes dans la figure, c’est destructeur », constate Didier Demazière. Progressivement s’installe alors ce qu’une ancienne chômeuse qualifie de « petite musique du demandeur d’emploi ». « Ce que tu entends à longueur de journée, c’est : ”Je ne vaux rien, je ne vaux rien”. À force, tu te bouches les oreilles et ça continue quand même », se désole-t-elle.

Maintenir des liens sociaux

Au fil des semaines, des mois et parfois des années, il apparaît alors que le chômage, ce n’est plus seulement la recherche d’un emploi. C’est aussi tenir et résister à ces épreuves qui s’accumulent. Il faut trouver un équilibre dans son organisation, meubler les temps creux. Il faut aussi lutter pour maintenir des liens sociaux, quand l’absence de travail se révèle un puissant isolant. « Je n’ai rayé personne », assure une femme de 49 ans, mais « il y a un tri qui se fait, et ça va vite ».

Certains chômeurs vont d’eux-mêmes couper les ponts avec untel ou untel. « Je ne supporte pas l’idée de quémander. Taper à la porte de ceux avec qui j’ai travaillé, je me sens rabaissé de faire ça », explique l’un d’eux. D’autres évoquent la difficulté à expliquer leur situation, y compris avec les amis et la famille. « J’avais l’impression de me justifier: ‘‘Et pourquoi ça ne marche pas, est-ce que tu ne penses pas que… et tu devrais faire ci ou ça…’’ », confie une jeune femme qui a fini par « refuser les dîners avec les amis ».

« Fondamentalement, la recherche d’emploi est une épreuve personnelle difficile à faire partager à son entourage proche », constate l’étude. D’où l’importance pour beaucoup de trouver un œil extérieur bienveillant, dans une association ou un organisme d’accompagnement.

Le caractère aléatoire des recrutements

Un jour, enfin, la bonne nouvelle survient. L’emploi se profile, le chômage s’éloigne. Rares sont pourtant les chômeurs qui vivent ce succès comme la récompense de leurs efforts ou de leur ténacité. La plupart du temps, s’étonne l’étude, «la reprise d’emploi est racontée comme un événement inattendu». «Beaucoup évoquent le hasard ou la chance comme facteur premier. C’est pour eux la confirmation du caractère totalement aléatoire des processus de recrutement», poursuit Didier ­Demazière.

Après des mois de démarches classiques, ce peut être une rencontre impromptue avec un ancien collègue ou un CV parvenu entre des mains inconnues par des biais détournés qui débloquent la situation. D’autres assurent même qu’ils ne misaient pas spécialement sur le poste finalement obtenu. «Je ne sais pas ce qui a fait que ça a marché. Un jour ça veut», résume une femme de 48 ans.

Pour lire l’intégralité de l’article : http://www.la-croix.com/Actualite/France/L-epreuve-du-chomage-vue-de-l-interieur-2015-04-26-1306659

Pour mieux connaître « Solidarités nouvelles face au chômage et lire l’étude dans son intégralité : http://snc.asso.fr/Nos-actions/plaidoyer.html

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