Journée de formation Ingénieurs sans frontières – Strasbourg – 23 janvier 16

Intervention de Gérard Bureau devant 60 étudiants

Plus que vous donner des solutions, -c’est toujours un peu facile-, je vais prendre beaucoup de temps pour camper le sujet que vous avez proposé à travers une question : « l’économie sociale et solidaire, modèle d’insertion des plus marginalisés ou modèle économique de demain ? »
Un constat : L’économie sociale et solidaire, le commerce équitable, au Nord comme au Sud, sont pensés à l’intérieur de l’économie de marché, ont besoin de l’économie de marché et servent l’économie de marché. C’est nous qui les avons crées à l’intérieur de l’économie de marché. Et l’économie sociale et solidaire arrange bien l’économie de marché qui la soutient même sur certains aspects. Ça lui permet de continuer sa course folle à moindre coût.

A côté de l’économie globale, il y a encore une économie traditionnelle dans différentes sociétés et une économie informelle mais elles ne donnent pas lieu à des projets d’envergure et qui aient un nom comme celui de l’économie sociale et solidaire ou le commerce équitable. Il y a là un grand vide. Esther Duflo dans sa chaire « savoir contre pauvreté » au collège de France a montré par des recherches universitaires approfondies que le développement fragilisait même les économies traditionnelles sans leur apporter en contre partie de progrès crédible.

Trois questions pour approfondir notre sujet quand vous écrivez dans votre thème de ces deux journées les mots « personnes marginalisées », « insertion », « économie sociale et solidaire ».

1. Y a-t-il des personnes marginalisées, défavorisées ou des personnes qu’on marginalise, qu’on défavorise ? Vous devinez ma réponse. On pourrait donc inverser la question et la formuler ainsi « à quelle économie nous les favorisés pouvons-nous contribuer et qui serait ouverte à tous ? » Le sujet serait nous-mêmes avant de s’adresser à ces autres dits « marginalisés » que finalement, nous connaissons très peu. Ils n’ont pas toujours été marginalisés, ils ont suivi un chemin vers la marginalisation et on peut penser qu’avant de dégringoler, ils auraient pu participer à un chemin de progrès. Ce n’est pas le même point de départ et c’est déterminant.

2. Je peux faire la même réflexion sur l’insertion. Des gens ne seraient pas insérés, sous-entendu « dans notre monde à nous » et on veut mener des projets pour les ré-insérer. Ce monde du chômage massif, du sous-développement, de l’augmentation de la pauvreté et de l’extrême pauvreté qui les a éjectés, les réinsèrerait ? On n’a pas réussi en temps de croissance, on voudrait nous faire croire qu’on peut encore réussir en temps de crise, en France aujourd’hui avec 5 millions de chômeurs ! Et si le sujet était de nouveau plutôt nous-mêmes puisque nous sommes dans le monde qui se prend pour référence même si on veut aussi le changer. La question serait donc : « Dans quelle économie voulons-nous nous insérer pour que tout le monde se trouve naturellement acteurs et non pas soutenus ou assistés ? » Et dis aussi comme ça, c’est plus réaliste de penser un changement pour nous-mêmes que prétendre apporter un changement pour les autres. Comment peut-on penser un modèle qui ne serait pas d’abord un modèle pour nous-mêmes ?

Généralement c’est plus difficile de progresser en étant aidé que d’être acteur de sa propre vie. Et je préfère le dire dans ce sens là : c’est plus facile d’être acteur de sa propre vie que de se faire aider car généralement, c’est se faire assister. On dit souvent que les gens se laissent assister mais c’est nous qui créons l’assistance ! Si vous m’avez suivi, le point de départ encore une fois n’est pas du tout le même et donc les projets, pas du tout les mêmes non plus.

3. Modèle économique pour demain ? Moi je veux bien que l’économie sociale et solidaire soit un modèle pour demain mais en France, c’est 0,5% au mieux de l’économie globale. Il y a aujourd’hui un modèle « l’économie de marché » et il ne suffit pas de la dénoncer pour la changer. Comme vous j’y participe, j’en profite et je ne sais pas comment m’en extraire. Trop facile de dénoncer quand on ne réussit rien de significatif au niveau global pour la changer. Je vous invite à la repenser de l’intérieur, à partir de ses acquis car il y en a pour aller vers une économie humaine. On dit « économie sociale et solidaire » et tout le monde accepte le terme, l’autre économie ne serait donc ni sociale ni solidaire!! L’économie de marché n’a qu’une seule honnêteté, c’est de s’appeler elle-même par son nom qui signifie ce qu’elle est. Elle cherche à développer le marché et à en faire profiter ceux qui peuvent suivre. L’économie humaine est la recherche et la production de la qualité de vie. Par « qualité de vie », il faut entendre la satisfaction équitable de nos aspirations : la consommation des biens essentiels, la dignité, la sécurité, l’éducation, les loisirs, la qualité de l’environnement, l’anticipation du bien-être des générations futures. Il suffit juste de donner un autre objectif à l’économie de marché pour glisser vers l’économie humaine, c’est à portée de décision de chacun de nous.

Conclusion : de façon étonnante, cette époque est très ouverte, tout est possible, c’est un appel à l’innovation. De nouveaux choix peuvent prendre de l’ampleur par les réseaux sociaux. Un bassin d’idées et de ressources est dans la solidarité : elle nous appartient complètement, par exemple en achetant des services pour créer de l’activité et de l’emploi. Ce n’est pas de l’aide, c’est de l’économie humaine, c’est un champ de consommation citoyenne, un champ de production de biens essentiels. C’est l’occasion pour l’économie sociale et solidaire de gagner du terrain sur l’économie de marché.

(la présentation des expériences qui a suivi n’est pas retransmise ici puisqu’elles sont développées sur le blog. Voir la présentation d’Initiatives solidaires et suivre le lien vers TAE dans l’onglet « partenaires »)

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