Le travail choisi

Pour vous parler de notre dernier chantier salle de bain, est-ce que vous me suivrez dans la réflexion que je vais faire aujourd’hui ? Comme beaucoup parmi vous, j’ai choisi ce que je fais et j’en accepte les contraintes parce que justement j’ai choisi. Ceux qui ont des responsabilités dans la société, en politique, au niveau social sont souvent dans cette situation et ce sont eux qui déterminent pour les autres les lois sociales, l’éducation et les règles. Quand nous parlons des personnes qui font face quotidiennement à des difficultés personnelles ou sociales, nous voyons d’abord leurs difficultés et les moyens à mettre en œuvre pour les surmonter. Nous mettons de l’énergie face à ces difficultés pour essayer de les résoudre avec eux et n’avons souvent pas le temps, les moyens, le savoir-faire ou savoir être pour déterminer avec eux les choix qui sous-tendent ce que nous mettons en oeuvre. Nous n’imaginons pas que eux aussi pourraient avoir la possibilité de choisir, de déterminer les règles avec d’autres avant d’entreprendre quelque chose.

Quand j’ai imaginé le projet « le travail partagé », nom que je préfère finalement à « initiatives solidaires », j’avais en référence plusieurs adultes qui avaient inspiré une réflexion sur le travail choisi à ATD Quart Monde et pour qui nos projets structurés ne répondaient pas à leur situation. Parler de « travail choisi » pour des personnes qui pointent à pôle emploi et n’ont pas travaillé depuis des années est hors de notre champ de pensée. Et pourtant ne serait-ce pas le premier chemin à prendre ?

Et bien c’est l’histoire du chantier de la salle de bain dont je viens de mettre quelques photos sur le blog. Merci d’abord à Mme FC de nous avoir choisis pour ce chantier. CC qui a fait le carrelage est un carreleur de bon niveau qui n’a pas d’activité depuis bien longtemps et qui répond toujours présent aux projets que je lui propose parce que nous sommes compagnons de travail, parce que nous déterminons le travail à faire ensemble et que nous programmons la manière de nous y prendre. Pas toujours d’accord sur la manière de faire mais c’est normal.

C’est le marché économique qui va déterminer comment nous devons travailler ou ce sont les humains ensemble qui vont déterminer qu’est-ce qu’ils veulent produire et comment ? Je suis de ceux qui pensent que c’est justement avec les personnes éloignées depuis longtemps d’un emploi stable que nous pouvons inventer le travail d’aujourd’hui.

Le parcours de Monsieur CB

Je n’ai pas encore beaucoup écrit dans cette chronique, je vais raconter aujourd’hui le parcours de CB, un adulte de 40 ans, marié, deux enfants. Dans cette chronique je ne dirai jamais les origines ni ne ferai la description trop détaillée des conditions vécues par ces personnes. Le travail que je partage avec elles me montre chaque jour qu’elles sont des personnes qui méritent qu’on les regarde dans leurs projets et leurs batailles, pas dans la description de leurs problèmes qui sont leur vie privée ou en tout cas, ce n’est pas à moi d’en parler. Lire la suite

Au moins, ils veulent travailler ?

Dec 14. Je présente le projet à quelqu’un de connaissance en expliquant que j’offre des opportunités de travail à des personnes très démunies en recherche d’emploi. Elle me pose cette question avec une pointe de doute dans le ton: « Au moins, ils veulent travailler ? » Ma réponse avec un ton de surprise « pourquoi toujours penser d’avance que les personnes ne veulent pas travailler, puisque ce sont eux qui demandent un travail, c’est qu’ils veulent travailler non ? » J’aurais pu aussi lui dire: « vous avez besoin de vous rassurer que les gens ne veulent pas travailler pour ne rien changer au système qui vous arrange… »